CUISINE D’ÉCRIVAIN
Colette en Bourgogne

Au milieu de la salle à manger, le coq au vin semble attendre son heure, vaste et brun, comme s’il venait de quitter la cocotte. Dans cette maison bourguignonne rendue à son époque, le plat n’est pas seulement un repas : il devient une mémoire, celle d’une enfance nourrie par la terre, la saison et le vin du pays.
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L’enfance nourricière en Bourgogne
Colette grandit dans une maison de Saint‑Sauveur‑en‑Puisaye entourée d’un jardin nourricier, de basse‑cour, de clapier et de pêche en eau douce : la table suit le rythme des saisons. La cuisine de son enfance est paysanne et bourguignonne : soupe à l’oignon, escargots, œufs mollets au vin rouge. Et aussi ; brochet sauce mousseline, lapin sauté, poulet au blanc, coq au vin, jambon à la chablisienne, bœuf bourguignon.
Elle découvre aussi très tôt la sensualité du pain, du beurre, du fromage, qu’elle revendiquera comme son vrai luxe, bien plus que la grande cuisine mondaine. Dans ses souvenirs, cette table de campagne est un « paradis » où l’on mange ce que la terre, l’eau et les animaux du voisinage offrent, avec très peu d’artifice.
Du coq au vin à la littérature
Adulte, Colette transforme ce rapport charnel aux aliments en une écriture du corps : le goût, les textures, les odeurs deviennent des moteurs de description. Le « terroir » n’est pas décoratif, il façonne ses personnages, leurs appétits, leurs désirs, leur manière d’habiter un lieu.
Elle déplore très tôt l’uniformisation des goûts et la disparition des cuisines régionales, et défend la singularité de chaque terroir, comme elle défend la singularité de chaque corps. Dans ses chroniques comme dans ses romans, la table bourguignonne, pain beurré, fromages puissants, vins rouges, plats longuement mijotés, devient un langage. Une façon de dire la sensualité, la mémoire et parfois la mélancolie.
Dans la salle à manger
Dans l’univers de Sido, son récit autobiographique, Colette revient sur l’enfance heureuse de Saint-Sauveur-en-Puisaye. La table familiale n’a rien du décor mondain : simple, solide, bourguignonne. Cette table est moins un meuble qu’un théâtre du goût. On y apprend la patience des cuissons, la netteté des saveurs. Et cette attention aux choses modestes qui deviendra une marque de son écriture.
Les grands rouges de Bourgogne, le Chambertin en tête, incarnent pour Colette le raffinement d’un terroir rustique mais fier. Le coq au vin en est la synthèse parfaite. Un animal de basse-cour âgé, donc coriace, que seule une longue cuisson dans le vin, avec lard, légumes et aromates, rend tendre et somptueux. Une économie paysanne transformée en art culinaire.
Le coq au vin, un hommage modulable
Dans l’assiette comme dans la vie, Colette se méfiait des dogmes. On pourrait sourire à l’idée qu’un « vrai » coq au vin devrait impérativement aligner coq mâle de ferme, Chambertin millésimé et cocotte en fonte héritée de la grand-mère. L’esprit paysan qu’elle a connu en Bourgogne, c’est d’abord l’art de faire avec ce qu’on a : une bonne volaille du marché, un rouge honnête de la cave, du temps devant soi et un solide appétit.
Remplacer le coq par un poulet fermier, choisir un vin d’une autre région, ce n’est pas trahir le plat, c’est le faire voyager. On change alors de récit. On ne cuisine plus seulement la Bourgogne de Colette, mais sa propre géographie intime, ses marchés, ses caves, ses habitudes. Le « sacrilège », s’il existe, ne tient pas à l’étiquette sur la bouteille, mais à la négligence du goût : un vin médiocre, une cuisson bâclée, une sauce sans profondeur.
Pour rester au plus près de Colette, on choisira un rouge bourguignon franc et peu boisé, qui respecte le terroir. Mais rien n’empêche de préparer un poulet au vin, avec un vin du Rhône ou du Sud-Ouest. À condition d’assumer la chose avec la gaieté un peu frondeuse dont l’écrivaine n’aurait sans doute pas été la dernière à se réjouir.
RECETTE DE COQ AU VIN À LA BOURGUIGNONNE

Pour 6 personnes · Préparation : 30 min · Cuisson : 2 h 30
INGRÉDIENTS
- 2 à 2,5 kg (4 lb 7 oz à 5 lb 8 oz) de coq ou poulet fermier, coupé en 8 à 10 morceaux
- 750 ml (3 tasses) de vin rouge de Bourgogne (Pinot noir, pas trop boisé)
- 200 g (7 oz) de lardons fumés
- 2 carottes, en rondelles
- 200 g (7 oz) de champignons de Paris, en quartiers
- 1 gros oignon, émincé
- 2 échalotes, émincées
- 3 gousses d’ail, écrasées
- 30 ml (2 c. à soupe) de cognac ou de marc de Bourgogne (facultatif, pour flamber)
- 20 g (2 c. à soupe) de farine
- 45 ml (3 c. à soupe) de matière grasse (beurre et un peu d’huile neutre)
- 2 branches de thym
- Quelques brins de persil
- 2 feuilles de laurier
- 500 ml (2 tasses) de bouillon de volaille
- Sel, poivre du moulin
PRÉPARATION
- La veille, déposer les morceaux de coq dans un grand saladier. Ajouter ensuite le vin, l’oignon, les échalotes, les carottes, l’ail, le thym, le laurier et un peu de poivre. Couvrir et laisser mariner 12 heures au réfrigérateur. Retourner la viande une ou deux fois.
- Égoutter les morceaux de coq en conservant la marinade et les légumes. Dans une grande cocotte en fonte, faire revenir les lardons dans une partie de la matière grasse jusqu’à ce qu’ils soient légèrement dorés, puis les réserver.
- Utiliser le gras restant pour faire dorer les morceaux de coq sur toutes les faces, à feu moyen-vif, puis saler légèrement. Saupoudrer de farine, bien enrober la viande. Laisser ensuite roussir environ 1 minute pour amorcer la liaison de la sauce.
- Ajouter les légumes de la marinade (oignon, échalotes, carottes, ail) dans la cocotte et faire revenir quelques minutes pour les attendrir. Déglacer éventuellement avec le cognac ou le marc de Bourgogne. Et flamber avec précaution.
Cuisson du coq au vin
- Verser la marinade filtrée et le bouillon de volaille dans la cocotte, puis ajouter le thym et le laurier. Porter à légère ébullition et réduire le feu. Couvrir et laisser mijoter doucement de 2 heures à 2 h 30, jusqu’à ce que la viande soit très tendre.
- Pendant la fin de cuisson, poêler rapidement les champignons dans le reste de matière grasse, saler et poivrer. Les ajouter dans la cocotte avec les lardons pour les 20 dernières minutes de cuisson. Puis rectifier l’assaisonnement ; la sauce doit être nappante et bien parfumée au vin. Servir aussitôt avec des pâtes fraîches, des pommes de terre vapeur. Ou encore avec un pain de campagne, comme l’aurait sans doute aimé Colette avec son pain bien pétri.
NOTES:
La chair du coq est plus ferme que celle du poulet et supporte d’être mijotée plus longtemps.
Option: Paul Bocuse met 1 1/2 bouteilles de Julienas dans sa recette de coq au vin.
- 2 à 2,5 kg 4 lb 7 oz à 5 lb 8 oz de coq ou poulet fermier, coupé en 8 à 10 morceaux
- 750 ml 3 tasses de vin rouge de Bourgogne (Pinot noir, pas trop boisé)
- 200 g 7 oz de lardons fumés
- 2 carottes en rondelles
- 200 g 7 oz de champignons de Paris, en quartiers
- 1 gros oignon émincé
- 2 échalotes émincées
- 3 gousses d'ail écrasées
- 30 ml 2 c. à soupe de cognac ou de marc de Bourgogne (facultatif, pour flamber)
- 20 g 2 c. à soupe de farine
- 45 3 c. à soupe de matière grasse (beurre et un peu d’huile neutre)
- 2 ml branches de thym
- Quelques brins de persil
- 2 feuilles de laurier
- 500 ml 2 tasses de bouillon de volaille
- Sel poivre du moulin
PRÉPARATION
- La veille, déposer les morceaux de coq dans un grand saladier. Ajouter ensuite le vin, l’oignon, les échalotes, les carottes, l’ail, le thym, le laurier et un peu de poivre. Couvrir et laisser mariner 12 heures au réfrigérateur. Retourner la viande une ou deux fois.
- Égoutter les morceaux de coq en conservant la marinade et les légumes. Dans une grande cocotte en fonte, faire revenir les lardons dans une partie de la matière grasse jusqu’à ce qu’ils soient légèrement dorés, puis les réserver.
- Utiliser le gras restant pour faire dorer les morceaux de coq sur toutes les faces, à feu moyen-vif, puis saler légèrement. Saupoudrer de farine, bien enrober la viande. Laisser ensuite roussir environ 1 minute pour amorcer la liaison de la sauce.
- Ajouter les légumes de la marinade (oignon, échalotes, carottes, ail) dans la cocotte et faire revenir quelques minutes pour les attendrir. Déglacer éventuellement avec le cognac ou le marc de Bourgogne. Et flamber avec précaution.
Cuisson du coq au vin
- Verser la marinade filtrée et le bouillon de volaille dans la cocotte, puis ajouter le thym et le laurier. Porter à légère ébullition et réduire le feu. Couvrir et laisser mijoter doucement de 2 heures à 2 h 30, jusqu’à ce que la viande soit très tendre.
- Pendant la fin de cuisson, poêler rapidement les champignons dans le reste de matière grasse, saler et poivrer. Les ajouter dans la cocotte avec les lardons pour les 20 dernières minutes de cuisson. Puis rectifier l’assaisonnement ; la sauce doit être nappante et bien parfumée au vin. Servir aussitôt avec des pâtes fraîches, des pommes de terre vapeur. Ou encore avec un pain de campagne, comme l’aurait sans doute aimé Colette avec son pain bien pétri.












