
CUISINE D’ÉCRIVAIN — 1910-1926
La salade de Colette face à la mer
Colette impose une présence magnétique, terrienne, faite d’eau salée et de terre fermentée. En Bretagne, face au large, cette grande romancière française respire mieux qu’ailleurs. Ce midi, un artichaut en vinaigrette concentre cette liberté gourmande qu’elle défend dans sa vie comme dans ses livres.
Mise à jour, 19 mars 2026 ⏱️ Lecture 5 minutes
La maison de Rozven
Elle se dresse au fond d’une anse verte, comme un promontoire habité entre le ciel et l’eau. Les rochers, le petit bois, les arbres anciens et les rosiers composent un décor où la Manche tient le premier rôle. À la marée montante, les vagues déposent leurs trésors : homards d’un bleu vif, crevettes d’agate, crabes au dos de velours, carrelets et limandes frémissants.
Colette vit là dans un véritable laboratoire d’air iodé. Elle jardine, défriche, nettoie le puits, plonge dans l’eau froide, revient rouge de vent, cheveux au sel, faim au ventre. Les repas se prennent face à la mer, dans la grande salle basse, fenêtres ouvertes sur le large. Le matin, les petits déjeuners se glissent dans une petite pièce près de la cour ; le midi, la table s’aligne avec l’horizon, comme si le pain, le beurre et les artichauts étaient servis en bord de falaise.
Pour prolonger la visite, la demeure de Colette en Bretagne, à Rozven, est documentée dans les bases du patrimoine du Ministère de la Culture¹.
Une fauve gourmande et paradoxale
Elle avance sur les grèves en jersey marin, corps souple de nageuse, visage énergique, lèvres salées par les embruns. Sa voix chaude et grave emplit la pièce aussi sûrement que l’odeur du beurre salé sur les crêpes de sarrasin. Elle incarne une fauve apprivoisée : sauvage et raffinée, fidèle à sa faim de sensations plus qu’aux convenances.
Sa gourmandise raconte ce paradoxe. Elle délaisse les nourritures compliquées de la ville pour la simplicité d’un pain beurré, d’une andouille fumée, d’une huître de Cancale ouverte à même la table. Elle préfère la chair vive d’un homard à la sophistication des banquets mondains. Dans un artichaut en vinaigrette, son goût pour la rusticité rejoint son goût du détail sensuel : feuilles, cœur, pointe de vinaigre, éclat d’échalote, tout parle à la langue, à la mémoire et à l’imagination.
L’artichaut, liberté en vinaigrette
L’artichaut arrive seul, sans autre décor qu’un bol de cidre brut à portée de main et la mer en toile de fond. Feuille après feuille, il impose un rythme plus lent que la vie mondaine, une manière de reprendre possession du temps et du goût.
Dans la grande salle tournée vers le large, l’artichaut en vinaigrette devient le centre de la table. Autour, quelques coquillages, un panier où sèchent les bottes de pêche, des voix encore chargées de vent. Les amis reviennent de la grève, bras remplis de poissons et de crustacés. L’artichaut, lui, vient du jardin ou du marché voisin ; il répond aux crabes et aux coquillages sans quitter la terre.
La vinaigrette à l’échalote révèle un appétit de netteté : une acidité tranchante, une huile discrète, un parfum d’allium qui se glisse dans chaque fibre du cœur. Dans ce mélange se reconnaissent l’appétit de Colette pour les tables sans façon, l’échalote tranchante préférée aux sauces de banquet, le vinaigre choisi contre les crèmes.
Variations autour de l’artichaut en vinaigrette
L’artichaut en vinaigrette se prête à de nombreuses libertés, pourvu que la structure reste simple et lisible. La mer s’invite volontiers : quelques crevettes grises, des moules ou un poisson blanc tiède juste poché prolongent le geste de la pêche sans alourdir l’assiette. Les fèves fraîches ou les haricots verts remplacent les lentilles quand le jardin le permet — la vinaigrette à l’échalote reste le fil rouge. Une ciboulette ciselée, du persil plat, un soupçon d’estragon mêlés à la sauce au dernier moment : l’herbe souligne l’amertume délicate de l’artichaut sans la masquer.
RECETTE D’ARTICHAUT EN VINAIGRETTE

POUR 4 PERSONNES • PRÉPARATION 15 MIN • CUISSON 20 MIN •
INGRÉDIENTS
- 4 cœurs d’artichauts cuits
- 4 œufs durs
- 50 g (⅓ tasse) de petits pois frais
- 50 g (⅓ tasse) de lentilles cuites al dente
- 90 ml (6 c. à soupe) d’huile d’arachide
Vinaigrette à l’échalote
- 1 échalote finement ciselée
- 50 ml (3 ⅓ c. à soupe) d’huile de tournesol
- 10 ml (2 c. à thé) de vinaigre de vin rouge
- Sel et poivre
PRÉPARATION
- Faire cuire les lentilles dans du bouillon de volaille jusqu’à ce qu’elles soient al dente, puis les égoutter et les laisser tiédir.
- Préparer la vinaigrette en mélangeant le vinaigre de vin rouge et l’huile de tournesol jusqu’à liaison, puis ajouter l’échalote, saler et poivrer.
- Couper les cœurs d’artichauts en dés, émietter les œufs durs, ajouter les petits pois et les lentilles dans un grand bol.
- Arroser la salade avec la vinaigrette à l’échalote, mélanger délicatement et rectifier l’assaisonnement au besoin.
NOTES
Pour une version 100 % végétarienne, remplacer le bouillon de volaille par de l’eau salée ou un bouillon de légumes léger.
Pour en savoir plus sur La maison bretonne de Colette à Rozven (Saint-Coulomb), où elle a séjourné et écrit Le Blé en herbe. Demeure, Roz Ven (Saint-Coulomb) », base Mérimée, Ministère de la Culture.
- 4 cœurs d'artichauts cuits
- 4 œufs durs
- 50 g ⅓ tasse de petits pois frais
- 50 g ⅓ tasse de lentilles cuites al dente
- 90 ml 6 c. à soupe d'huile d'arachide
Vinaigrette à l'échalote
- 1 échalote finement ciselée
- 50 ml 3 ⅓ c. à soupe d'huile de tournesol
- 10 ml 2 c. à thé de vinaigre de vin rouge
- Sel et poivre
- 1. Faire cuire les lentilles dans du bouillon de volaille jusqu'à ce qu'elles soient al dente, puis les égoutter et les laisser tiédir.
- 2. Préparer la vinaigrette en mélangeant le vinaigre de vin rouge et l'huile de tournesol jusqu'à liaison, puis ajouter l'échalote, saler et poivrer.
- 3. Couper les cœurs d'artichauts en dés, émietter les œufs durs, ajouter les petits pois et les lentilles dans un grand bol.
- 4. Arroser la salade avec la vinaigrette à l'échalote, mélanger délicatement et rectifier l'assaisonnement au besoin.

