
CUISINE ITALIENNE
Naples ou Rome : à qui appartient la puttanesca ?
Son nom claque comme une provocation, ses ingrédients condensent toute la Méditerranée : la sauce puttanesca est née dans les cuisines populaires du Sud de l’Italie, quelque part entre Naples et ses îles, bien avant que Rome ne s’en empare et que le monde entier ne l’adopte.
Mise à jour, 13 avril 2026 ⏱️ Lecture 6 minutes
Au menu des trattorie, le nom accroche l’œil comme un éclat de voix : puttanesca, littéralement « à la manière des putains ». Naples le revendique au nom de sa mémoire populaire et de ses marchés ; Rome, au titre de ses tables de quartier et de sa puissance touristique.
Des sauces populaires à un nom tapageur
Derrière cette assiette aujourd’hui mondialisée, les historiens de la cuisine retrouvent une trame napolitaine plus ancienne que son nom sulfureux. Au XIXe siècle, le cuisinier Ippolito Cavalcanti décrit déjà des vermicelles à l’huile, aux olives, aux câpres et aux anchois : les ingrédients de la future puttanesca sont là, sans le nom. En 1931, la Guida gastronomica d’Italia du Touring Club Italiano consigne, pour la Campanie, des « maccheroni alla marinara » dont la recette est presque identique à ce qui deviendra la puttanesca. L’expression « spaghetti alla puttanesca » n’apparaît dans la littérature culinaire que dans les années 1960. Les grands recueils napolitains des années 1970 en situent l’origine dans l’après-guerre, entre Naples et les îles du golfe.
Un nom qui fait recette
À l’oreille italienne, puttanesca évoque d’abord la puttana, la prostituée, et plus largement un désordre un peu scandaleux. Autour de cette racine, plusieurs récits circulent : plat de bordel préparé à la hâte, sauce dont l’odeur forte rappellerait celle des ruelles mal famées, ou simple puttanata qualsiasi, une bricole improvisée avec les restes du garde-manger. Aucune source ne permet de trancher. Ces récits coexistent, tous porteurs de la même image : une sauce du quotidien dont le nom provocateur deviendra, pour les médias et les restaurateurs, un argument de vente aussi efficace que ses ingrédients.
Naples et Rome, deux manières de s’approprier la puttanesca
La puttanesca circule d’abord dans son aire d’origine : la Campanie, entre Naples et les îles voisines. Dans les trattorie napolitaines et ischitaines, on la sert comme une variante des pâtes aux olives et câpres, sans toujours lui donner de nom particulier. Rome adopte la sauce et en fait un plat de pasta de quartier : les anchois y sont presque systématiques, le piment plus affirmé, et la puttanesca prend place aux côtés de la carbonara et de l’amatriciana.
La puttanesca vue de Rome
À Rome, la puttanesca ne renie rien de ses origines méridionales : même rouge dense, même éclat d’olive noire et de câpre salée, même parfum d’ail revenu dans l’huile. Ce qui change, c’est l’intensité : les anchois passent au premier plan, le piment se fait plus franc. Dans les cuisines de trattoria, on commence presque toujours par faire fondre les anchois dans l’huile jusqu’à ce qu’ils disparaissent à l’œil nu, laissant dans la poêle toute leur puissance salée. Un peu d’origan se glisse parfois entre les tomates et le piment, donnant à la sauce un accent plus herbacé et plus tranché qu’à Naples.
Servie sur des spaghetti al dente, la puttanesca romaine n’a rien d’une hérésie : c’est la même sauce, plus affirmée, revendiquée par une ville qui sait imposer ses tables. Là où Naples parle volontiers d’olives et de câpres en laissant les anchois en retrait, Rome les place au premier plan : c’est cette version plus corsée que les voyageurs ramènent avec eux, et qui s’est imposée comme référence hors d’Italie.
Codification de la sauce puttanesca
Les livres de cuisine, les magazines puis les sites de recettes fixent un socle presque invariable : tomates, huile d’olive, ail, olives noires, câpres, piment, avec ou sans anchois selon les sensibilités. Les ouvrages napolitains de la fin du XXe siècle entérinent cette liste courte, en insistant moins sur les grammes que sur l’équilibre entre acidité de la tomate, salinité des câpres et des olives, et chaleur du piment. Le web achève le travail : la puttanesca s’y installe comme une recette de placard bien définie, reproductible partout, reconnaissable entre toutes.
Variations régionales et détournements contemporains
En Italie, la sauce puttanesca se plie aux habitudes locales, mais un marqueur revient sans cesse : l’olive noire. Dans la tradition napolitaine, ce sont les olives de Gaeta, petites, violettes, charnues, qui donnent à la sauce son accent le plus reconnaissable : salinité marquée, légère amertume, parfum presque vineux.
Hors d’Italie, le profil aromatique prime sur l’étiquette : de bonnes olives noires en saumure, Kalamata ou grecques, restituent l’essentiel.
La sauce s’adapte aussi aux formats : spaghetti ou linguine dominent dans le Sud, mais les pâtes courtes sont courantes dans les cuisines familiales du golfe de Naples jusqu’en Italie centrale. Certains ajoutent une pincée d’origan ou un peu de persil, d’autres une touche de vin blanc ou de chapelure grillée. Hors d’Italie, la puttanesca devient un terrain de jeu : version « de la mer » avec fruits de mer, variantes végétaliennes qui misent tout sur câpres et olives, incursions sur la pizza ou la focaccia. Ces détours produisent autre chose : des plats inspirés par la puttanesca, pas tout à fait elle, mais porteurs du même goût de Méditerranée concentrée.
RECETTE DE SPAGHETTI À LA PUTTANESCA

POUR 4 PERSONNES • PRÉPARATION 15 MIN • CUISSON 25 MIN •
INGRÉDIENTS
- 320 g (un peu moins de 3/4 de paquet de 1 lb) de spaghetti ou linguine
- 45–60 ml (3–4 c. à soupe) d’huile d’olive extra‑vierge
- 2 gousses d’ail
- 6 filets d’anchois à l’huile (facultatif mais traditionnel)
- 400 g ou 380 ml (environ 14 onces) de tomates pelées ou de pulpe de tomate
- 80 g (environ ⅔ de tasse) d’olives noires (idéalement de Gaeta ou Kalamata), dénoyautées, environ 12 à 15 grosses olives entières
- 1–2 c. à soupe de câpres au sel, dessalées
- 1 petit piment rouge frais ou ½ c. à thé de flocons de piment
- 1 petit bouquet de persil plat frais
- Sel, au goût
PRÉPARATION
- Préparer les ingrédients : dessaler les câpres 10 à 15 minutes dans l’eau froide, puis égoutter. Dénoyauter les olives et les couper en deux. Hacher finement l’ail, le persil et les filets d’anchois égouttés.
- Cuire les pâtes : porter à ébullition une grande casserole d’eau, saler modérément puis cuire les spaghetti al dente. Prélever une louche d’eau de cuisson avant d’égoutter.
- Démarrer la sauce : chauffer l’huile d’olive dans une grande poêle à feu doux. Ajouter l’ail et le piment, faire légèrement blondir sans brûler, puis incorporer les anchois et les écraser jusqu’à ce qu’ils se fondent dans l’huile.
- Mijoter : ajouter les tomates concassées, mélanger et laisser frémir 10 à 15 minutes jusqu’à ce que la sauce épaississe. Incorporer ensuite olives et câpres, ajuster la consistance avec un peu d’eau de cuisson si besoin, goûter et rectifier le sel.
- Mélanger et servir : ajouter les pâtes égouttées dans la poêle, mélanger 1 à 2 minutes à feu moyen en ajoutant un peu d’eau de cuisson pour émulsionner. Retirer du feu, incorporer le persil, mélanger une dernière fois et servir aussitôt, sans fromage, avec éventuellement un filet d’huile d’olive cru.
- 320 g un peu moins de 3/4 de paquet de 1 lb de spaghetti ou linguine
- 45–60 ml 3–4 c. à soupe d'huile d'olive extra-vierge
- 2 gousses d'ail
- 6 filets d'anchois à l'huile (facultatif mais traditionnel)
- 400 g g (380 ml) environ 14 onces de tomates pelées ou de pulpe de tomate
- 80 g Environ ⅔ de tasse d'olives noires dénoyautées environ 12 à 15 grosses olives entières
- 1–2 c. à soupe de câpres au sel, dessalées
- 1 petit piment rouge frais ou ½ c. à thé de flocons de piment
- 1 petit bouquet de persil plat frais
- Sel, au goût
- 1. Préparer les ingrédients : dessaler les câpres 10 à 15 minutes dans l'eau froide, puis égoutter. Dénoyauter les olives et les couper en deux. Hacher finement l'ail, le persil et les filets d'anchois égouttés.
- 2. Cuire les pâtes : porter à ébullition une grande casserole d'eau, saler modérément puis cuire les spaghetti al dente. Prélever une louche d'eau de cuisson avant d'égoutter.
- 3. Démarrer la sauce : chauffer l'huile d'olive dans une grande poêle à feu doux. Ajouter l'ail et le piment, faire légèrement blondir sans brûler, puis incorporer les anchois et les écraser jusqu'à ce qu'ils se fondent dans l'huile.
- 4. Mijoter : ajouter les tomates concassées, mélanger et laisser frémir 10 à 15 minutes jusqu'à ce que la sauce épaississe. Incorporer ensuite olives et câpres, ajuster la consistance avec un peu d'eau de cuisson si besoin, goûter et rectifier le sel.
- 5. Mélanger et servir : ajouter les pâtes égouttées dans la poêle, mélanger 1 à 2 minutes à feu moyen en ajoutant un peu d'eau de cuisson pour émulsionner. Retirer du feu, incorporer le persil, mélanger une dernière fois et servir aussitôt, sans fromage, avec éventuellement un filet d'huile d'olive cru.

